Lundi
28 Août 2000
Verdun tu fus admiré cher défunt/ Tirailleurs sénégalais
Boucliers de l'armée / En Algérie les pieds noirs y t'ont
chéri / Tirailleurs sénégalais/ Boucliers de l'armée
/ "Diên Bên phou, tu en es revenu fou sans sou Bijoux Joujoux
/ Durant les guerres aux premiers plans / A la victoire en dernier rang
/ Pourtant vous avez payé l'impôt du sang....
Le constat de Big Mô est là, trop triste pour se souvenir
de ces gens qui ont souffert aussi des affres de Thiaroye 44. Après,
ils " ont payé l'impôt du sang ". Dans " Bouclier de l'Armée
", titre éponyme de son opus qui sortira bientôt sur le marché,
ce jeune reggaeman sénégalais a choisi de dénoncer
ouvertement ce passé peu glorieux de ceux qui, aujourd'hui, votent
des lois pour expulser les immigrés. Une manière pour lui
de renouer avec la philosophie du reggae, caractéristique du mouvement
rasta. D'autant plus que " Mau Mau ", le nom de son orchestre, renvoie
à cette tribu du Kenya qui s'est rebellée contre les colonisateurs,
mais aussi personnages centraux de l'œuvre de l'ancien président
du Kenya, Jomo Kenyata. " C'est l'hymne d'une société universelle
qui refuse irrémédiablement le système aujourd'hui
mis en place ", explique-t-il. Le refus, voilà le thème qui
motive ce musicien qui se considère " Terrien " au point de décliner
son amour pour le reggae à la défense de l'identité
africaine. Une musique à la fois ragga, roots, rap mais qui se cherche
des ouvertures dans l'utilisation des instruments traditionnels comme les
percussions (sabar, tama) et la kora en symbiose avec les signes de la
modernité. Du " njaxass " (mélange) en quelque sorte pour
imprimer plus d'originalité à son travail de conceptualisation.
Et cette propension se retrouve dans les morceaux " Reggae feeling ", "
Reggae, Ragga Roots " ou encore " Chant down de System " qui comportent
des relents de " bougarabou ", cette mélopée venue du Sud
du Sénégal. Une attitude qui témoigne chez l'artiste
la volonté de laisser libre cours à son feeling avant de
se retrouver propulsé dans une autre dimension rythmique.
Big Mô, de son vrai nom Maurice Pierre Lopez Da Silva, a séjourné
ces quinze dernières années en France. Une manière
pour lui d'être en contact permanent avec les réalités
vécues par les Africains dans ce pays. Dès lors, c'est tout
ce qu'il a ressenti au fond de lui qu'il a voulu faire partager avec son
public. C'est à l'image de " Au secours Séjour ", une peinture
de la terrible situation des immigrés obligés de montrer
la carte " pour aller à Beaubourg mais aussi pour faire (leurs)
concours ".
Au Sénégal depuis deux mois, Big Mô vient de réaliser
un clip dans la perspective de taper dans l'œil de la jeunesse. Un clip
dont l'axe central est un car rapide décoré circulant dans
Dakar, accompagné d'une puissante sono pour faire le tour des "
shop music ". Une démarche qui traduit sa volonté de maîtriser
les circuits de distribution. Parce que le reggae au Sénégal,
à côté des problèmes de production, souffre
d'un déficit chronique en matière de distribution. Au-delà
du Sénégal, Big Mô a développé un site
Internet hébergé par " ifrance.com " pour donner plus d'universalité
à sa musique. Doudou Sarr NIANG
